SANTÉ ET ENVIRONNEMENT
Faut-il avoir peur des cyanobactéries ?


Par Alain HELUWAERT

L'été 2001 a été marqué pour les usagers de l'Erdre, paisible et dernier affluent de la Loire à Nantes, par une interdiction des activités nautiques pour pollution par les cyanophycées (cyanobactéries).
On classe sous ce nom le groupe le plus important de bactéries photosynthétiques. Elles sont également appelées algues bleues, mais cette dénomination est trompeuse, car leur couleur varie selon les espèces du vert olive au rougeâtre. Ces algues microscopiques sont présentes dans presque toutes les eaux et sur presque tous les sols. Elles seraient à l'origine de la vie sur terre par production de l'oxygène atmosphérique. Les spirulines qui appartiennent à ce groupe sont utilisées comme complément protéique alimentaire.


Alors anodines et bénéfiques les cyanobactéries ?


Il est vrai que sous nos latitudes, elles se font discrètes et j'avoue ne jamais en avoir entendu parler comme pathogènes pour l'être humain avant cette affaire. Les services de santé des pays septentrionaux d'Amérique et d'Europe connaissent mieux le risque. Il a notamment été décrit des troubles cutanés, pulmonaires et gastro-intestinaux chez plusieurs pagayeurs s'entraînant à l'esquimautage sur un lac nord-américain massivement contaminé par des cyanobactéries. Au cours des dernières décennies plusieurs dizaines de personnes ont été hospitalisées pour des troubles hépatiques attribués à des hépatotoxines (microcystines) sécrétées par certaines espèces de cyanobactéries. La consommation prolongée sur des mois de spiruline ou d'eau contaminée par des microcystines pourrait être cancérigène pour le foie. Mais aucun décès humain lié aux cyanobactéries n'a été rapporté à ce jour. Ce n'est pas le cas pour les poissons : ils peuvent mourir en hécatombe lorsque la richesse en substances organiques (effluents des égouts et de l'agriculture) provoque la prolifération massive des microalgues et une modification de leur métabolisme qui en devenant chimiohétérotrophe leur permet de consommer l'oxygène dissout, provoquant l'asphyxie des formes de vie plus évoluées. Dans l'obscurité, elles créent des bulles d'oxygène qui leur permettent de gagner la surface et de former des " blooms " ou fleurs d'eau.


Quand s'inquiéter ? Que risque-t-on ?


Lorsqu'en eau douce ou saumâtre, calme, polluée par les matières organiques, apparaissent le matin par temps chaud des nappes huileuses, aux reflets verdâtre, bleuâtre à rougeâtre, avec des odeurs de gazon fraîchement coupé, voire de putréfaction organique, mieux vaut s'abstenir de se baigner, d'esquimauter, de dessaler. Jusqu'à preuve du contraire, ces " blooms " cyanobactériens peuvent sécréter des hépatotoxines (microcystines).Leur ingestion est habituelle lors de la nage, de la baignade, du dessalage, de l'esquimautage, des jeux d'enfants ou par consommation alimentaire — car non détruites par la cuisson — notamment la consommation de poissons pêchés en eau contaminée. Elles peuvent provoquer des troubles hépatiques notamment chez les jeunes enfants et les sujets fragilisés par une maladie du foie ou la prise de médicaments. Même en l'absence d'hépatotoxine, la formation de " blooms " peut provoquer chez le sujet réceptif des troubles allergiques respiratoires (rhino-conjonctivite allergique, crise d'asthme, toux spasmodique), cutanés (urticaire, eczéma) ou digestifs (céphalées, nausées, vomissements, maux de ventre, diarrhée).
Que faire lorsqu'une prolifération de cyanobactéries est soupçonnée ?
Il convient d'être prudent et de ne pas se baigner, se laver, faire la cuisine ou la vaisselle avec l'eau suspecte, la boire même filtrée ou bouillie — elle a d'ailleurs mauvais goût —, ne pas consommer le poisson qui y est pêché. Il faut que les sujets connus comme allergiques soient prévenus du risque d'allergie respiratoire, oculaire, cutanée ou digestive lié aux cyanobactéries et s'abstiennent de toute pratique nautique. Il faut prévenir, par l'intermédiaire du Réseau d'alerte pour la nature (01 48 89 29 12), la F.F.C.K. qui interviendra afin que des prélèvements d'eau soient réalisés, non seulement pour compter les cyanobactéries, mais aussi pour rechercher par analyses de laboratoire la présence de microcystines. Il faut savoir que l'utilisation d'algicides comme le sulfate de cuivre, en détruisant les algues toxiques, provoque une libération massive d'hépatotoxines et qu'il faut compter au moins trois semaines pour que les eaux redeviennent sûres. On estime que la présence de " blooms " ou d'un taux supérieur à 100.000 cellules de cyanobactéries par millilitre d'eau est suffisant pour exposer au risque allergique ou irritant et qu'en cas de présence d'hépatotoxines une répercussion hépatique est possible par ingestion d'eau.
L'interdiction totale des activités nautiques est une mesure inadaptée qui ne protège que les autorités dites responsables. Il faut lui préférer une information par voie de presse, panneaux au bord du plan d'eau et dans les clubs pratiquant les loisirs nautiques. Les cadres des clubs, les professionnels et les usagers dûment informés sauront à quoi ils s'exposent ou exposent leurs adhérents ou clients. Une pratique nautique est possible, pourvu qu'elle soit d'un contact faible avec l'eau. Dans le cas contraire, mieux vaut s'abstenir. En cas de contact avec l'eau suspecte, il est conseillé de se doucher après l'activité, de bien rincer les vêtements et chaussures. Les manifestations cutanées, digestives, oculaires ou respiratoires bénéficieront d'un traitement symptomatique orienté anti-allergique, proportionné à l'intensité des troubles.
La prévention des proliférations de cyanobactéries passe par le respect de l'écologie des eaux, notamment par l'éradication des pollutions organiques dûes aux égouts et à l'agriculture. Une bonne gestion de l'eau, évitant sa stagnation par le maintien permanent d' un minimum de courant, est une mesure préventive efficace.


Références :


- Les toxines cyanobactériennes - Les microcystines dans l’eau potable. Documentation pour consultation publique. Préparé par le Sous-comité fédéral-provincial sur l’eau potable. Santé Canada. Avril 1998 (rubrique " périls de l'eau ", répertoire Santé du site Internet de la F.F.C.K.
- THEBAULT L, LESNE J. Les toxines des cyanobactéries : quels risques pour la santé ? TSM N° 12- Décembre 1995, p 937-940.
- OMS Guidelines for Safe Recreational-water Environments Draft for Consultation
Vol 1: Coastal and Fresh-waters October 1998 - Chapter 7: Freshwater algae and
Cyanobacteria..(www.who.int/water_sanitation_health/recreationnal_water).
- Autres références consultables dans la bibliographie consacrée à la santé et l'environnement : rubrique bibliographie, répertoire santé du site internet de la F.F.C.K.